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Presse écrite

La Lettre M - LABEX Entreprendre - Souffrance des dirigeants : l’arsenal détaillé à Montpellier,

Le 17-07-2014

Lors de la Journée du Laboratoire d'Excellence (LABEX Entreprendre) qui a créé la Chaire Santé des Dirigeants de PME et des Entrepreneurs au sein de l'université de Montpellier, sous la direction du Professeur et Chercheur OLIVIER TORRES, sont intervenus :

  •  Thierry Ducros (président du CIP de Montpellier) ;
  • Bruno DELCAMPE (Fondateur de SOS Entrepreneur www.sos-entrepreneur.org, du Portail du Rebond des Entrepreneurs www.portaildurebond.com et de la Fondation "Entrepreneurs en Détresse" sous égide de Caritas France) ;
  • Marc Binnié, greffier associé au tribunal de commerce de Saintes ;
  • Philippe Rambaud, président de l’association 60 000 Rebonds ;
  • Le Professeur  Francoise PEROCHON, spécialiste reconnu du Droit des Entreprises en Difficulté

Thierry Ducros, président du CIP (centre d'Intervention sur la Prévention des difficultés des entreprises) de Montpellier (60 au niveau national), créé en 2012. 

Composé d’experts-comptables, d’avocats, de l’association des anciens juges du tribunal de commerce, et de membres de la CCI, le CIP est rattaché au tribunal de commerce. « Le CIP de Montpelier s’est malheureusement étoffé du fait de la situation économique, et compte aujourd’hui trois personnes. Il assure la réception de façon individuelle et confidentielle, pendant au moins 30 mn. On analyse les difficultés rencontrées, les problématiques spécifiques. Les patrons reçus sont des dirigeants de TPE (1 à 15 salariés), essentiellement des commerçants et des professionnels de l’hôtellerie.
On essaie d’expliquer au chef d’entreprise que le fait de participer à une procédure collective n’est pas une fin en soi. Mais franchir la porte d’un tribunal de commerce n’est pas chose facile. Il faut un accompagnement pédagogique. Sandrine, salariée du CIP, accompagne au tribunal de commerce des chefs d’entreprise qui sont au bout du rouleau, le jour de la procédure collective les concernant. Il faut casser la solitude du chef d’entreprise, solitude dans laquelle il a tendance à s’enfoncer lorsque les difficultés arrivent.
Dans 90 % des cas, la sollicitation du CIP par le chef d’entreprise est malheureusement trop tardive. Il faut nous solliciter en amont, dès les premiers voyants oranges, notamment les difficultés de trésorerie. 90 % sont déjà en situation de cessation de paiement lorsqu’ils poussent la porte du CIP. C’est trop tard.
Aux deux questions ‘combien on vous doit ? combien vous devez ?’, très peu savent répondre. Il y a un déficit phénoménal de formation de nos créateurs d’entreprises. La moitié des personnes que nous recevons ne savent pas faire un tableau de trésorerie et connaissent pas une structure de bilan. »

Depuis début 2014, le CIP a reçu 28 entreprises. Plusieurs solutions sont proposées : accords entre associés, médiation avec l’Urssaf, le RSI et les services fiscaux pour un échelonnement de la dette, ou alors procédure collective (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation).


Bruno Delcampe, Fondateur de l’association SOS Entrepreneur, Fondateur de la Fondation "Entrepreneurs en Détresse" sous égide de Caritas France.
 
« Un patron en difficulté doit être accompagné pour maintenir son discernement »

Bruno Delcampe a vécu l’enfer dans le Nord. Sa PME de bâtiment florissante (100 salariés, deux sites à Lille et Valenciennes) a été balayée en 18 mois par la crise de 2008.
Des problèmes de trésorerie qu’il a gardés pour lui : « vous ne parlez pas de ça à vos clients, de peur de les perdre ; ni à vos fournisseurs, qui vont penser qu’ils ne vont plus être payés ; ni à votre banquier, par crainte qu’il ne vous paye plus ; pas même à vos amis... On devient comme un disque rayé : tous les soirs, on se redit les mêmes choses, on tourne en rond, on perd en discernement, en confiance en soi, et on perçoit la défiance de salariés qui, avant, étaient géniaux. Ils voient les tensions de la trésorerie pour payer les fournisseurs, ils voient les matériaux arriver plus tard sur les chantiers. En 18 mois, mon entreprise est passée d’une valeur de 2,3 M€ à 10 000 euros. »
Les envies de suicide l’ont traversé. « J’ai pensé à me prendre un arbre en voiture, pour maquiller un suicide en accident et faire marcher l’assurance pour mes proches. Mais j’ai eu une sentinelle, ma femme. »
Bruno Delcampe insiste sur la nécessité, pour le chef d’entreprise en difficulté, d’être accompagné. « Pour proposer un plan de continuation crédible aux juges du tribunal de commerce, il faut du discernement. Or, un chef d’entreprise endetté personnellement, en manque de sommeil, sous calmant..., est un homme détruit. » L’association propose des astuces, pour permettre au patron de ne pas plonger. « Un chef d’entreprise dont l’affaire est liquidée perd tout en 15 secondes. Toute sa crédibilité part en fumée. Du coup, on peut lui proposer, en parallèle d’une liquidation, de réfléchir au lancement d’une nouvelle activité. »


Marc Binnié, greffier associé au tribunal de commerce de Saintes


Le tribunal de Saintes a mis en place le dispositif Apesa (aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance psychologique aiguë).

Marc Binnié a fait lecture de plusieurs courriers : « Après la liquidation de mon entreprise, en mai 2013, je suis en instance de divorce ; Je ne m’en suis pas toujours pas remis. Mon quotidien se résume à ça : à quel moment je vais passer à l’acte. » ; « Je suis vidé, la fin est proche » ; ou encore, cette lettre d’une veuve d’un chef d’entreprise qui s’est pendu : « Il n’était déjà plus en état d’entendre. S’il avait allé voir un psychothérapeute... J’ai voulu le faire hospitaliser d’office, mais ma demande a été rejetée. »

Pour Marc Binnié, « dans le monde économique, le risque de suicide est grand. » Le dispositif Apesa a été mis en place il y a un an pour prévenir le suicide, et compte à ce jour. Un soutien psychologique est apporté par une équipe de praticiens (15 personnes), spécialisés dans la médiation familiale, les addictions et la prévention du suicide. Les mandataires judiciaires ont été formés aux méthodes de détection des individus suicidaires et inversement, l’équipe médicale a été formée aux arcanes des procédures collectives. Concernant les détections d’envies suicidaires chez les individus, « il y a des signes simples : quelqu’un qui a 3 millions de dettes, qui ne voit plus ses enfants et qui vous dit que tout va bien, présente un profil inquiétant. »
Un dispositif de prise en charge rapide a été mis en place, pour intervenir sur des chefs d’entreprise situés dans la circonscription de Saintes. « Pour bloquer une crise suicidaire, il ne faut pas attendre deux mois », martèle-t-il. Au moins cinq séances de psychothérapie sont offertes. Les effets sont presque toujours positifs. « Lors des séances au tribunal, après avoir présenté la situation comptable de l’entreprise, beaucoup de patrons nous donnent de leurs nouvelles. » Le dispositif vise aussi à protéger les mandataires et greffiers, « qui voient toute la journée des gens au bout du rouleau. » « Je veux croire que Saintes va faire école. C’est un dispositif facile à mettre en place, efficace et peu cher », conclut Olivier Torrès.

Philippe Rambaud, président de l’association 60 000 Rebonds

Faire sauter le tabou de l’échec
« J’ai lancé cette association en 2012 après ma propre faillite. Avant la faillite, j’en suis arrivé à des raisonnements extrêmes, du type ‘je ne vais dormir que 3h par nuit, ainsi j’aurai plus de temps pour trouver une solution pour mon entreprise.’ L’isolement encourage le manque de lucidité. Les difficultés font faire beaucoup de bêtises. Il faut des gens lucides autour de soi pour dire ‘stop’.
Nos savoir faire représentent au final très peu de choses, dans un monde composé à 75 % de services, et très mouvant de surcroît. La clé, c’est le savoir-être, aujourd’hui encore plus demain. L’apprentissage par l’échec va être une condition de notre crédibilité. Un exemple frappant : les investisseurs américains n’écoutent pas les porteurs de projets qui ont pas connu d’échec. Pour eux, on devient senior quand on a travaillé sur ses cicatrices, sinon, on refait les mêmes échecs. »
Relatant l’échange avec les investisseurs américains, alors qu’il avait un projet de création d’entreprise :
« Vous avez fait quoi ?
- Cadre supérieur, pendant 25 ans chez Danone.
- C’est une mauvaise nouvelle, on ne vous prête pas d’argent.
- Pourquoi ?
- Revenez après un, ou, mieux, deux échecs, et on vous prêtera, car vous serez alors aguerri. »

60 000 Rebonds (soutenu par Ernst&Young), présent à Montpellier, propose aux ex-entrepreneurs en reconstruction sept sessions d’1h30 sur trois mois. « En France, l’échec est encore professionnellement stigmatisé. Le regard porté sur l’échec n’est pas positif. » Le travail des séances consiste donc à retravailler l’estime de soi, à l’aide de coachs et de psychologues. « Il y a trois passages obligés : reconnaître ses erreurs, prendre conscience de son potentiel, et avoir de nouvelles idées. »


Olivier Torrès,  observatoire Amarok

« L’ordre social change grâce à ces associations. Elles parlent de sujets tabous : souffrance des entrepreneurs, aide, prévention, 2e chance. On recrée de la solidarité autour de ces notions. (...)
Les problèmes de trésorerie empêchent le sommeil. No cash flow, no sleeping.
Les problèmes de gouvernance sont aussi ravageurs. Un conseil : ne jamais s’associer à 50/50. »

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