Les médias parlent de SOS Entrepreneur

Presse écrite

RENCONTRE - Entreprendre... malgré tout

Le 02-09-2013

 Vouloir entreprendre répond à une véritable soif de liberté. Cela implique du rêve de la confiance dans un projet innovant... en quelques mots: la joie de pouvoir créer. Mais cela oblige bien sûr à des réflexions, des recherches fastidieuses, une persévérance de chaque instant ; le tout parfois dans l’immersion paradoxale d’une certaine crainte, d’une certaine “trouille au ventre" qui ne vous quitte plus... tellement l’enjeu semble parfois vous dépasser…aller au-delà de votre propre expérience.


Lorsque le projet a beaucoup avancé, cette quête de responsabilité vous empêche parfois le demi-tour, cela engage pourtant votre famille, mais l’expression d'une partie de votre rêve intérieur, muri depuis de longues années, aplanit toute retenue. Et curieusement, à un moment qui est rarement celui choisi, vient l’heure pour son modèle économique de voir le jour. Oh belle expression de la création, ce dont j'ai longtemps rêvé est là devant moi: cette entreprise de milliers d'heures de travail préparatoire, ou un tour de table financier a permis (quelquefois dans la douleur) l’amorçage de la pompe de la production...de cette œuvre humaine développant à la fois de la richesse économique qui contribuera au PIB de sa région, mais aussi à donner du travail a des familles. L’heure est venue de quitter sa stature de "grand cadre salarié" pour devenir le “premier ouvrier de sa création".
Ah quel bonheur! Plus une fierté de l'enfantement que d'un orgueil apparent. Puis les mois et les années passent, les relations "business" se densifient et se complexifient, sans que les jours ne soient comptés; la réussite de votre entreprise ouvre les regards (parfois les appétits); les financiers vous adulent, vos fournisseurs vous apprécient plus que jamais, beaucoup de monde se presse auprès de vous, vos réseaux grandissent à vitesse exponentielle. Vous vivez la rançon du succès. Vous devenez "symbole de réussite", au risque de perdre l'identité qui plaisait pourtant à celui que vous pensiez être.
Vous passez de développements nouveaux à des stratégies de remplacement, aux adaptations nécessaires de tous les instants; vous usez des matrices d'optimisation économiques, puisque le monde n'admet pas un seul instant que l'on se repose; il y a toujours quelqu'un d'éveillé dans la nuit des affaires, de la production, de la concurrence…où une démarche marketing vous pousse à toujours imaginer pouvoir devenir « plus rentable », « meilleur « , "tout à fait différenciant", défiant les lois de l’existant, car il faut bien nécessairement assurer la pérennité de son entreprise.


La réussite, mais à quel prix.
Mais au fait, qu'est-ce que cette soif de réussite? Que devient la recherche du bonheur dans cette course à la performance?
Les crises, telles des tempêtes, vous obligent parfois à découvrir ce que vous refusez: "d'imaginer pouvoir échouer et déposer le bilan de votre entreprise". Mais le chef d'entreprise est doté d'une réelle incapacité à se résigner devant un échec économique... car s‘il perd son entreprise, il perd tout ce qu'il a construit aux yeux de la société civile. A ses propres yeux, il risque de perdre tout ce qu'il a économisé pendant une vie de travail; il n'aurait pas de chômage ou de sécurité sociale, et risquerait l’endettement à vie. C’est donc tout à fait impossible d'imaginer l‘échec, de même d’en parler en s’ouvrant à ses proches. Nous sommes dans la civilisation du “paraitre", où l'homme n'a qu'un droit : celui de réussir. Dès que vous laissez apparaitre les premiers indices de votre faiblesse, les regards se détournent peu à peu, parfois deviennent même réprobateurs, le doute s'instaure dans votre entourage, et vous, vous sombrez sans le dire en souriant pour ne laisser rien paraitre...
C'est le moment de la résignation, sauf à accepter de recevoir l’amour qui vous est donné, …ma femme a permis au dirigeant en peine que j’étais, de retrouver le discernement perdu, car en ces instants de débâcle, où vous ne savez plus comment vous allez payer vos salaries, vous perdez confiance en vous, vous perdez confiance en l’autre, car plus personne n'a confiance en vous. L’homme, qui a su créer pendant des années de la richesse économique et des emplois, est devenu soudainement le nul de service, le nul qui n'a pas su, qui n'a pas été capable... de maintenir ce qu'il a créé. Il n'est vraiment pas à la hauteur. Et pourtant, saint Paul nous le rappelle: "Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort ». Cette parole totalement folle est tellement vérité. C‘est dans la faiblesse que l'on découvre le vrai et beau visage de l'homme ou de la femme, c'est également dans la faiblesse que l'on n'a plus d’autre choix que d'apprendre l'abandon, l'abandon des choses matérielles (des choses qui brillent), l'abandon des choses qui nous paraissent pourtant essentielles et indispensables pour vivre ou même survivre.


Inverser les priorités.
C’est le moment formidable de rechercher ce que vous n’atteindrez jamais, mais qui pourrait pourtant redonner du sens à votre vie, en ne pensant qu'à une chose : pas à la façon dont vous réussirez à payer votre facture d’électricité pour laquelle vous n'avez plus un centime devant vous (l'huissier devra une fois de plus attendre), mais à ce qui vous ouvre I esprit et rend le monde si grand et si consistant. C'est le moment d'apprendre à inverser les priorités.
La vie semble vous ré-habiter après vous avoir abandonné. Pourquoi ne pas mettre à profit ce que la vie vous a donné? pour aider les autres à réussir où vous avez vous-mêmes échoué. Quelle force vous habite lorsque vous réussissez à apporter des solutions à ceux qui sont eux-mêmes en pleine déroute. Voilà une véritable expression du bonheur, voilà une nouvelle façon d’espérer.


BRUNO DELCAMPE
Fondateur de SOS entrepreneur
www.sos-entrepreneur.org
 

Retour

Entrepreneurs...

"Tout le monde échoue une première fois. Si tu ne connais pas l'échec, comment pourrais-tu connaître le succès ?"

Andy Wachowski