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Presse écrite

L'EXPRESS -Souffrance des dirigeants : un tabou qui résiste à la crise

Le 17-09-2012

 

Maux de dos, insomnies, maladies liées au stress... Les chefs d'entreprise se réfugient souvent dans le silence et le déni, malgré les conséquences sur leur travail. Enquête.

Manuel Jardinaud pour L'Express et l'Entreprise , publié le

Des chambres de commerce à d'autres organisations de chefs d'entreprises, les appels aux témoignages sur la souffrance psychique et physique se heurtent à un mur: le sujet doit demeurer hors des regards. En tant que leader, le patron se doit d'être fort et sans faille.

 

Une sorte d'ovni ? Jean-Marc Besnier, ancien PDG d'une entreprise du BTP de 50 salariés, diffère en tout cas de ses pairs : il est l'un des rares à accepter de parler de sa souffrance et de sa maladie, un cancer des intestins. " Je suis tombé malade quelques mois après le début de la crise en 2008 ", dit-il, tandis que le mal est aujourd'hui en rémission. " Ma maladie est certainement liée au stress, tous les problèmes de ma société ont sûrement favorisé mon cancer ", analyse-t-il. Pour lui, le cercle est vicieux : la souffrance et les traitements engendrent des difficultés économiques supplémentaires, lesquelles aggravent le mal... Il résume, lucide : " La maladie a entraîné le déclin de l'entreprise. "

L'état de santé se dégrade, celui de l'entreprise aussi

Longtemps, il a tu sa situation, comme le fait la grande majorité des dirigeants dans le même cas. " Et puis j'ai essayé de trouver une aide au sein de mon entreprise. Mais c'était peine perdue : il y a toujours un collaborateur qui va parler à un fournisseur, lequel va en discuter avec un banquier. Tout le monde était au courant avant que je n'en parle vraiment ! " Dès lors où l'information se diffuse, la chute s'accélère : " A partir du moment où ma maladie a été connue, mon chiffre d'affaires a reculé de 40 %... " Son entreprise a été définitivement liquidée en juillet 2011.

Un stress insupportable. L'histoire de Jean-Marc Besnier est loin d'être unique. Bruno Delcampe, fondateur de SOS Entrepreneur, une association basée dans le Nord qui accompagne des chefs d'entreprises en difficulté, le confirme : " Je rencontre nombre de dirigeants de PME qui vomissent tous les matins par peur de faire face au quotidien. Ils ont un stress tel que l'esprit et le corps ne suivent plus. "

Le silence est de mise

Cet ancien patron, dont l'entreprise d'isolation et de rénovation a fait faillite, évoque les insomnies, les regards vides, les postures avachies des dirigeants qu'il rencontre. Certains sombrent dans la maladie. Aucun d'entre eux ne souhaitera répondre à nos questions sur leur mal être.

 

Un déni général. Même conclusion du côté de la CGPME Auvergne. La section régionale de l'organisation patronale avait pourtant organisé une série de neuf réunions d'information fin 2010 sur le sujet. Bruno Champoux, son secrétaire général, se souvient : " Chaque rencontre a réuni entre quinze et trente personnes. La restitution finale en a même attiré quatre-vingt. Mais tous ceux qui y assistaient allaient très bien ", ironise-t-il.

Aller chez le médecin ou s'arrêter ? Non merci, je vais bien !

En novembre 2011, l'observatoire Amarok, avec le CJD et Malakoff Médéric, publie une étude intitulée " La santé des dirigeants de TPE et PME ". Conclusion : 81 % des dirigeants jugent leur état physique bon ou très bon, et entre 88 % et 93 % (selon la taille de l'entreprise) se disent en bon ou très bon état psychologique. Des résultats qui rejoignent un travail de l'Inserm pour le RSI de juillet 2011 sur le stress au travail et la santé chez les indépendants, qui ont " une perception de leur santé plutôt positive ". Auto persuasion ou réalité ? Ils sont toutefois significativement moins suivis par un médecin que les salariés : 30 % des dirigeants ne vont pas chez le médecins, contre 21 % pour les salariés. Selon l'Inserm, dans le même ordre d'idée, seuls 8,2 % des indépendants déclarent des arrêts de travail, contre 20 % pour les salariés. 

 " On se cache pour mourir "
Selon celui qui a dirigé l'ouvrage " La santé du dirigeant "*, " en parler ne fait pas partie de la génétique du patronat ". Il évoque une culture du présentéisme et d'un modèle qui se résumerait par : " On se cache pour mourir ". Chaque entrepreneur a surtout à coeur de conserver une image positive auprès de l'ensemble de ses partenaires de travail : " Si un dirigeant montre qu'il souffre, il pense automatiquement que les équipes seront démobilisées. Il veut avant tout protéger son entreprise ", analyse Rudy Iovino, PDG des sociétés Axurbain et Oxyo et ancien du Centre des jeunes dirigeants (CJD).

Ne pas inquiéter les clients, garder la confiance des fournisseurs et préserver l'autorité sur les salariés : ce triptyque empêche le chef d'entreprise de s'épancher sur ses problèmes. D'autant que, contexte économique oblige, l'urgence l'oriente d'abord à résoudre les difficultés d'ordre financières et commerciales. La santé passe après.

*" La santé du dirigeant, de la souffrance patronale à l'entrepreneuriat salutaire ", éditions De Boeck, 2012, 212 pages. 20 euros.

 

 

 

 

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