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Presse écrite

Alternatives Economiques - « Aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite » (le Président Macron, 16 mars)

Le 22-04-2020

Rédigé par Jean Gadrey : Né en 1943, Jean Gadrey est professeur honoraire d'économie à l'Université Lille 1. Il a publié au cours des dernières années : Socio-économie des services et (avec Florence Jany-Catrice) Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, coll. Repères). S'y ajoutent En finir avec les inégalités (Mango, 2006) et, en 2010, Adieu à la croissance (Les petits matins/Alternatives Economiques), réédité pour la deuxième fois en 2015 avec une postface originale. 
 

Surprenant le Président, car sur cette annonce il savait parfaitement comme ex-banquier ce qui allait se passer. C’était lors de son intervention du 16 mars (« nous sommes en guerre », retranscription intégrale ici) : « Pour la vie économique, pour ce qui concerne la France, aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite ». Comment pouvait-il s’engager ainsi devant 35 millions de téléspectateurs, une audience « digne d’une finale de coupe du monde » ? 


Certains ont pu y croire. Cela n’a pas duré longtemps. Les PME, TPE et indépendants en difficulté ont rapidement cherché des aides, crédits et autres moyens financiers pour éviter de déposer le bilan quelques semaines ou quelques mois plus tard. Beaucoup, en particulier les plus petites, se sont alors aperçues que les banques (et certaines plus que d’autres) refusaient de leur accorder des crédits, que c’était bien pire avec les assureurs, et que les aides directes étaient très insuffisantes pour franchir un cap de plusieurs mois, pouvant aller jusqu’à la fin de l’été pour certains secteurs en arrêt total depuis mars, voire plus tard pour celui des spectacles.

Dans cet article des Échos est mentionné le cas des entreprises en difficulté, en sauvegarde, ou mal notées, qui souvent, se voient refuser les aides. « La prime de solidarité est une bonne chose. En revanche, sur les PGE [prêts garantis par l’État], les banques, qui continuent de porter malgré tout une petite part du risque, ne jouent pas le jeu pour ces entreprises. Celles qui sont en période d'observation et en plan de continuation n'ont droit à rien. J'ai eu des chefs d'entreprise en pleurs » raconte Bruno Delcampe, fondateur de SOS entrepreneur.

Pour le site entreprendre (21 avril), « les banques traînent les pieds » pour accorder les PGE quand il s’agit de petites entreprises déjà endettées même si par ailleurs elles se portent bien, un comportement frileux que dénonce Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité : « Une situation exceptionnelle appelle des mesures exceptionnelles. Il faut d’abord prêter à toutes les entreprises pour éviter les fermetures et le chômage… Même si par la suite 3 à 4% d’entreprises ferment, cela n’atteindra jamais des milliards, et ça permettra de sauver le reste des entreprises. C’est mieux que de ne pas prêter d’argent du tout. »

Enfin, je ne sais pas quel crédit, si je puis dire, on peut accorder au président du Crédit Mutuel, Nicolas Théry, mais si ses propos sont sincères, ils méritent d’être pris pour modèle de ce qu’il faut faire et de ce que l’État devrait imposer aux banques et assurances. Il a en effet déclaré le 22 avril sur France Inter : "la priorité d’un banquier, c’est de préparer le moyen terme, d’accompagner ses clients pour qu’ils réussissent à moyen terme. Si on ergote pendant six mois, le client a disparu et à la fin tout le monde sera perdant. Nous, notre priorité c’est de dire : à partir de début mai, tous ces clients qui ont souscrit un contrat perte d’exploitation peuvent nous appeler, et on couvrira une sorte de moyenne de leur perte de revenus sur deux mois de confinement. Et on leur donne le virement toute de suite pour qu’ils redémarrent."

CE QUI A ÉTÉ DÉCIDÉ N’EST PAS NÉGLIGEABLE, MAIS LOIN DE L’ENGAGEMENT PRÉSIDENTIEL

Certes, le chômage partiel est une aide publique très importante pour les salarié.e.s et pour leurs entreprises, tout comme le report d’échéances fiscales ou sociales (mais ce n’est que du report) et l’annulation de loyers pour trois mois. Mais tout cela est très insuffisant, même pour des entreprises qui avaient, en mars, des réserves décentes en trésorerie. D’ores et déjà, des milliers d’entreprises sont « livrées au risque de faillite » et certaines vont déposer leur bilan d’ici la fin de l’été. Sauf si d’autres mesures sont prises rapidement, ce que Bercy (Le Maire et Darmanin) ne semble pas encore envisager, alors que ce serait parfaitement possible.

Pour l’économiste Olivier Passet, qui juge plutôt positivement ce qui a été décidé à court terme, le risque est celui de La casse des entreprises après le confinement. Il cite surtout « les plus petites structures… plus de 1,5 millions d’autoentrepreneurs, à quoi il faut ajouter 2,2 millions de TPE. Cela recouvre une population de plus de 3 millions d’indépendants et de 2,3 millions de salariés en équivalent temps plein, soit près de 20 % de la force de travail en France. Là on s’en doute, la situation est beaucoup plus précaire. Le gouvernement a prévu de débloquer 8 milliards du fond de solidarité en élargissant son éligibilité aux structures les plus fragiles … Ce périmètre-là de l’économie, c’est 500 milliards de chiffre d’affaires… 8 sur 500, c’est 1,6% du chiffre d’affaires annuel… cela paraît bien court. Là, il risque d’y avoir beaucoup de casse ». D’autant que pendant « les mois post confinement, les entreprises seront prises en étau entre un chiffre d’affaires convalescent et les charges (fiscales, sociales, et autres) différées du confinement. C’est là que l’impasse de trésorerie sera la plus aigüe et c’est là que devra jouer à plein le système de prêts garantis par l’État. »

Certes, mais encore faudrait-il que les banques privées, chargées de prêter, et les assureurs, ne freinent pas des quatre fers comme certains le pratiquent actuellement.

LES RISQUES DE FAILLITE, C’EST DÉJÀ LE CAS !

La CGPME, devenue CPME en 2017, a mené entre le 2 et le 12 avril une enquête auprès de 3400 chefs d’entreprises (TPE et PME). 55% d’entre eux « craint la faillite de son entreprise, et ce d’autant plus que 36% des entreprises ne disposent pas d’une trésorerie leur permettant de couvrir plus d’un mois d’exploitation ».

S’agissant de l’un des secteurs les plus immédiatement menacés, celui de la restauration, le Vice-Président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) estime que « en l’état actuel des choses, il peut y avoir 40 % des entreprises de restauration qui ne rouvriront pas leurs portes, quelle que soit la date de la levée du confinement » (source). Une enquête de l’UMIH effectuée début avril auprès de 5000 chefs d’entreprise dont 58 % de restaurateurs montre en particulier que 60 % ont fait valoir la garantie perte d'exploitation auprès de leur assureur mais que seulement 2,6 % d’entre eux l’ont obtenue.

LE SECTEUR DU SPECTACLE VIVANT

Le secteur le plus durement et longuement impacté sera celui du spectacle vivant sous toutes ses formes. Pour lui, on ne voit guère – sauf meilleures nouvelles sur le plan sanitaire - de probabilité d’une réactivation avant l’automne voire la fin de l’année, en dépit des contorsions du Ministre de la Culture Franck Riester annonçant le 16 avril que de « petits festivals à petite jauge » « pourraient se tenir » dès le mois de mai. En audition devant le Sénat, il a précisé, avec le sens du comique qui le caractérise, que dans son esprit cela pouvait concerner « un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes, à un mètre les unes des autres, sur des chaises, avec un masque… Avec du gel hydro-alcoolique à l’entrée du site et des points d’eau pour se laver les mains, a t-il encore détaillé, on pourra tenir ces festivals-là… ». La réaction du Prodiss, syndicat national du spectacle musical et de variété, ne s’est pas fait attendre : « cette déclaration plonge l’ensemble du secteur du spectacle dans la plus grande confusion ».

Autant dire que le « risque de faillite » est aussi présent dans ce secteur que dans celui de la restauration et qu’à moins de mesures rapides et fortes, nombre de TPE et PME vont disparaître en 2020. Les entreprises culturelles emploient 670.000 personnes, auxquelles s'ajoutent les 870.000 professionnels de la culture qu'emploient les entreprises non culturelles (chiffres de 2014). Un rapport avait estimé la même année que la culture contribuait 7 fois plus au PIB français que l'industrie automobile avec 57,8 milliards d'euros de valeur ajoutée par an, alors que son coût public total n’était que de 21,5 milliards d'euros.








 

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