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Presse écrite

Les Echos - Les patrons de PME face au maquis des aides

Le 23-04-2020

 Prêts garantis par l'Etat, chômage partiel et reports de charges font partie des dispositifs les plus utilisés. Certains dirigeants peinent à s'y retrouver, mais la réactivité de l'Etat est saluée.
« Quand un chef d'entreprise garde le silence, ce n'est pas bon signe. Après le mouvement des 'gilets jaunes' et les grèves, la crise sanitaire est parfois la goutte d'eau. Il y a un risque qu'ils baissent les bras, malgré les aides. » Pierre Goguet, le président des Chambres de commerce et d'industrie (CCI) en est persuadé : certains petits patrons ne se relèveront pas de cette crise inédite qu'ils affrontent seuls et mal armés. Les CCI ont pris le taureau par les cornes. En sus des dizaines de milliers d'appels hebdomadaires, elles contactent les dirigeants dont elles n'ont aucune nouvelle. « Beaucoup sont désemparés. Nous voulons nous assurer qu'ils connaissent bien toutes les ressources auxquelles ils peuvent prétendre. La panoplie des aides est très fournie, d'autant que l'Etat, réactif, voire proactif, la complète et l'affine chaque semaine », fait valoir Pierre Goguet.
Prêts bancaires garantis par l'Etat (PGE) réalisés par les banques et bpifrance, fonds de solidarité, report de charges sociales et fiscales, rééchelonnement des crédits, chômage partiel, avances remboursables, aides à la reprise… rarement telle palette aura été déployée en si peu de temps.
Besoin de compréhension
La réactivité de l'Etat est saluée du côté des PME. Mais pour beaucoup d'entre elles « l'enjeu n'est pas de savoir tout ce qui existe, ou ce qui est compliqué à mettre en oeuvre, mais déjà de comprendre ce à quoi ils ont droit », assure Bruno Delcampe, fondateur de SOS Entrepreneur.
« Il y a un énorme besoin de compréhension de la part des entreprises. Les dispositifs sont nouveaux et s'adaptent régulièrement », confirme, Gaëtan Rudant, le directeur général de la Direccte Ile-de-France, dont les services reçoivent 200 à 300 sollicitations par jour. Plus l'entreprise est grande, plus les questions sont précises. Chaque nouveau dispositif, chaque évolution, comme l'abaissement du seuil déclenchant le fond de solidarité,entraîne son lot d'interrogations.
« Nous sommes interrogés sur tous les sujets, y compris les aides financières. Mais le dispositif le plus sollicité est indéniablement celui de l'activité partielle avec 195.00 demandes et 2,2 millions de salariés en Ile-de-France mi-avril », souligne Gaëtan Rudant. L'afflux, général en France, a généré un ralentissement des délais de traitement. « Cela a été compliqué de se connecter au début », selon Bertrand Caille, patron de son groupe de transport à Laon (250 salariés, 31 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui a expérimenté le chômage partiel. D'après le gouvernement, les choses rentrent progressivement dans l'ordre.
Dispositifs simples
« Les entreprises se sont emparées très vite des dispositifs les plus simples, du type report de charges. Le chômage partiel, et le PGE sont également très utilisés », observe Pierre Goguet. « Depuis le 25 mars, 9 milliards d'euros de prêts bancaires garantis par l'Etat ont déjà été approuvés, concernant 70.000 entreprises », rappelait mardi 14 avril aux sénateurs Thomas Courbe, le directeur de la Direction générale des entreprises.
« Nous avons monté notre PGE seuls, car les experts-comptables sont débordés. Il a été très rapide à monter, et la banque l'a accepté tout de suite », témoigne le PDG de Caille. Il faut dire que, douché par la crise de 2008 le dirigeant avait beaucoup épargné, conservant trois mois de trésorerie devant lui.
Mais le PGE fonctionne « à condition que les banques jouent le jeu » ce qui n'est pas le cas de toutes, tempère Alain Darnoncour, président de la CPME Nord. « Il faut pouvoir fournir un bilan, et pour ceux qui ont racheté des boîtes en difficulté, il reste difficile de trouver un bon bilan ». Thierry Cardinael, à la tête de la société de conseil aux entreprises Exaeco (5 personnes), a ainsi vu s'envoler en quelques jours le fruit de plusieurs mois de travail. Monter son PGE l'oblige à anticiper son activité sur six mois, une gageure. Même son de cloche chez l'entreprise de tissage Art de Lys, à Lys-lez-Lannoy, qui a vu son carnet de commandes passer de 40 jours à 2 jours. La majorité des 15 salariés est au chômage partiel. Le dirigeant, Nicolas Bonte, a demandé un PGE qui couvre 20 à 25 % de chiffre d'affaires. Il estime que « c'est compliqué car la banque demande des prévisions, or on ne sait pas combien de temps cela va durer ».
Face à un certain nombre de dysfonctionnements et d'incohérences, Bercy s'est penché sur le sort des entreprises en difficulté, en sauvegarde, ou mal notées, qui souvent, se voient refuser les aides. « La prime de solidarité est une bonne chose. En revanche, sur le PGE, les banques, qui continuent de porter malgré tout une petite part du risque, ne jouent pas le jeu pour ces entreprises. Celles qui sont en période d'observation et en plan de continuation n'ont droit à rien. J'ai eu des chefs d'entreprise en pleurs » raconte Bruno Delcampe. L'exécutif a beau resserrer les mailles du filet, certains restent encore à la porte. « Les collectivités ont lancé des aides complémentaires qu'il ne faut pas hésiter à solliciter », conseille Pierre Goguet.
 


Laurence Albert avec Nicole Buyse (à Lille)

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