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Presse écrite

Le Journal des Entreprises - SOS Entrepreneur : "La moitié des liquidations pourrait être évitée"

Le 13-09-2018

« La moitié des liquidation pourrait être évitée »

Bruno Delcampe est le fondateur de SOS Entrepreneur, une association qui écoute et accompagne les chefs d'entreprise confrontés à des difficultés. L'association voudrait que la Loi Pacte (Plan d'action pour !a croissance et la transformation des entreprises) autorise un meilleur accompagnement des entreprises en difficultés.


SOS Entrepreneur a été très actif pour faire entendre ses propositions sur la Loi Pacte….
Bruno Delcampe :
SOS Entrepreneur a participé à la consultation publique, et nous avons eu l’occasion de faire entendre nos propositions à plusieurs reprises, notamment à l’Assemblée Nationale. Cette loi peut être l’occasion de repenser l’accompagnement des entreprises en difficulté. Aujourd’hui notre constat est simple : sur les 55 175 entreprises en défaillance en 2007 en France, seules 1.2% réussiront un plan de continuation (ou de sauvegarde) pour survivre sur les 8 à 10 prochaines années. Dans 98.8% des cas, la liquidation est prononcée à un moment ou l’autre du processus de redressement. Selon nous, la moitié de ces liquidations pourrait être évitée grâce à une meilleure connaissance des textes, et à un meilleur accompagnement. Ces 55 175 entreprises de 2017, c’est tout de même 166 500 emplois menacés.


Quels sont les points où la prise en charge des entreprises est défaillante ?
B.D. : Le manque d’accompagnement est criant. 90% des entreprises concernées par la cessation des paiements sont de très petites structures, les dirigeants se retrouvent seuls, perdus. Pourtant, en agissant vite, dans la plupart des cas la situation pourrait être corrigée, grâce à une analyse de la situation, et à un étalement de la dette.
Les structures de soutien existantes, au sein des tribunaux de commerce par exemple, ne peuvent légalement pas proposer de marche à suivre précise. Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est prendre une heure pour écouter le bonhomme, et lui présenter toutes les options existantes dans la loi de sauvegarde (procédures amiables et collectives) sans lui pouvoir lui indiquer laquelle serait la meilleure. En sortant de là, il est parfois aussi perdu qu’avant.
De manière générale, les procédures amiables ne sont pas assez utilisées. 70% des entreprises en cessation de paiements sont placées directement en liquidation judiciaire. Les 30% placées en redressement judiciaire doivent proposer un plan, bricolé dans l’urgence, sans recul ni idée. Seuls 20% de ces plans de continuation sont validés, et sur ces 20% , seuls 20% débouchent sur la survie de l’entreprise. Ce sont les fameux 1.2% qui s’en sortent.


Comment expliquer ce faible taux de survie ?
B.D. :
Là encore, sans accompagnement, on retombe vite dans les ornières du passé. Et il faut bien mesurer ce qui se passe autour : avec la non-confidentialité de la procédure, vos difficultés sont publiques, il est donc compliqué de continuer à travailler avec certains fournisseurs et clients, on ne peut plus répondre aux appels d’offres…. Et pendant la durée du plan, il est impossible d’accéder au crédit bancaire. Quelle entreprise peut rester compétitive si elle ne peut renouveler son outil de production pendant 8 ou 10 ans ?


Quelles sont les propositions de SOS Entrepreneur ?
B.D. :
Elles sont en trois temps. D’abord, créer des cellules d’experts de crise dans toutes les régions, sur le modèle de ce que nous mettons en place dans les Hauts de France. Des interlocuteurs formés et compétents, qui peuvent rencontrer un chef d’entreprise en difficulté dans les 48h. Ces experts seraient en mesure de prévenir la cessation de paiements si c’est possible, et en tout cas, d’aider les entrepreneurs à préparer le meilleur plan possible, puis à le mettre en œuvre. La deuxième mesure, c’est de rendre accessible à toutes les entreprises la procédure de sauvegarde accélérée, aujourd'hui réservée aux entreprises de plus de 20 salariés, avec plus de 3 M€ de CA. Cette procédure rapide` a beaucoup d'avantages. Notamment, elle favorise la conciliation dans la discrétion, ce qui réduit les effets sur l'activité.
Enfin, il faut permettre aux entreprises en plan de continuation de se financer. Nous militons notamment pour que la dette judiciaire, après quelques années de remboursement, soit transformée en dette bancaire, garantie, par exemple, par Bpifrance. Un chef d'entreprise qui a choisi la poursuite d'activité ne peut plus contracter d'emprunt, même à titre personnel... c'est quand même la double peine pour des gens qui ont choisi de se battre pour rembourser leurs créanciers et de sauver des emplois ! Ils mériteraient la légion d'honneur !

Pensez-vous que vos arguments seront entendus?
B.D.: 
1,2%de taux de survie, c'est inacceptable, il faut de toute façon faire mieux! Si l'Allemagne compte deux fois moins de liquidations, c'est parce que la prévention et l'accompagnement y sont bien meilleurs ! En plus, les mesures que nous proposons sont peu coûteuses, puisqu'elles s'appuieraient beaucoup sur des associations comme la nôtre... qu'il faudrait bien sûr aider davantage ! Mais il faut avant tout se rendre compte du coût, social et en termes de PIB, que représente la situation actuelle...


 

 

 

 

 

Aprés avoir connu la  liquidation de son entreprise, Bruno Delcampe a fondé SOS Entrepreneur à Lille , en 2011.

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Jean Mermoz